Bonjour amis budokas !
Le nihon-to ou plus communément appelé le katana est la source de nombreux fantasmes parmis les pratiquants d'arts martiaux mais aussi de cinéphiles (il n'y a qu'à voir le nombre de katana Enzo vendus depuis Kill Bill...).
Cette arme mythique qui ne coupe que d'un côté a néanmoins un double tranchant : il est source de vie et source de mort.
Source de mort car il ôte la vie à un adversaire menaçant. Source de vie car son but pacifique est destiné à combattre l'injustice et le vice et donc de sauver la vie des plus faibles. Ce précepte a été soutenu Minenoru et Hakuan pendant le Shoguna Hakagama.
Aujourd'hui le port du katana est proscrit mais sa pratique dans les dojos est non seulement possible mais aussi souhaitable. Pourquoi ? Parce que l'art du sabre qui s'exprime sous différentes disciplines est un art de vivre. L'art de vivre en harmonie avec son environnement mais aussi l'art de mener une vie basée sur la compassion, la discrimination (dans le sens faire des choix) et l'intransigeance (aller au bout de son action). Que ce soit dans le domaine martial ou dans la vie quotidienne, nous sommes confrontés à des choix vitaux qui déterminent notre vie et la pratique du sabre, l'âme du bushi, favorise l'équilibre entre le bien et les actions à mener pour atteindre la vérité ou "la voie".
Cet aspect un esotérique appuyé sur la religion shinto et la philosophie zen et bouddhique est nécessaire pour bien appréhender ce que sont le kenjutsu et le battodo (je vous invite d'ailleurs à poursuivre vos recherches pour développer votre connaissance et vous faire votre propre opinion sur le côté spirituel du katana).
Sur un aspect plus pratique, il convient de distinguer plusieurs disciplines de pratique du katana :
- le iaijutsu
- le iaido
- le kenjutsu
- le kendo
- le tameshigiri
- le toho battodo
Toutes ces disciplines comportent différents styles.
Nous allons nous attarder simplement sur le kenjutsu et le battodo. Cet article ne veut pas se prétendre exhaustif. Il y a tellement d'écoles, de styles et d'histoires liées à ces pratiques.
Je commencerai par le kenjutsu car c'est la discipline que tout samurai devait maîtriser. Il s'agit de l'art du sabre une fois celui-ci dégainé. Pendant les époques guerrières, les combats individuels ne permettaient pas d'observer un cérémonial révérencieux entre les combattants tel qu'il est pratiqué et codifié aujourd'hui. A l'inverse du kendo qui est "la voie du sabre" (introduction de la pacification de la pratique mais vite dérivée en sport), le kenjutsu est une pratique de Kobudo (école martiale traditionnelle) et donc se veut un art extrêmement codifié (reishiki - cérémonial et beaucoup de katas). Les katas présentés par les plus grandes écoles (je ne citerai que la Tenshin shoden katori shinto ryu et la Shinkage Ryu) demande une grande rigueur et une grande vitalité car ils sont calqués sur des situations de combat extrêmement réalistes. Comme tout kata, il est demandé de les pratiquer de manière intense de telle façon qu'en cas d'usage en situation réelle, il n'y ait pas à penser aux mouvements à réaliser mais à utiliser son corps de manière instinctive.
Le kenjutsu se pratique avec une tenue traditionnelle (hakama et keikogi) et un bokuto (ou bokken). A l'époque médiévale pendant les entrainements, quand les écoles proliféraient, on cèda la place des katana (trop dangereux) pour adopter les bokken. On s'aperçu très vite que les bokken étaient aussi redoutables que les katana voire plus dangereux car les coups étaient plus portés et nombreux étaient les pratiquants qui ressortaient estropiés ou morts des entrainements. On adopta alors quelques protections, puis vint le tour des bokken en mousse et des shinai (katana en bambou utilisé par les kendoka). Le célèbre sabreur Myamoto Musashi faisait d'ailleurs du bokken, son arme de prédilection puisqu'il tua la plupart de ses 60 adversaires avec une arme en bois alors qu'ils étaient armés d'armes plus léthales (katana, lances, etc.). Musashi tira d'ailleurs l'expérience de ses combats pour créer son propre style utilisant deux sabres (un katana et un wakisasji) : nitten ichi ryu (l'école des deux sabres).
Les enchainements en kenjutsu sont en général très courts car contrairement à ce que nous croyons tous, les katanas ont le défaut de leur qualité : le tranchant est si dur et fin que cela le rend extrêment fragile aux chocs. Donc on évitait de faire durer les combats en abrégeant rapidement les échanges. D'où une recherche de rapidité et une volonté de pourfendre l'adversaire rapidement. Le kenjutsu favorise donc les esquives et les déplacements. S'il était nécessaire de faire une parade (et donc de croiser le fer), on le faisait autant que possible avec le mune (dos de la lame) ou le shinogi (plat) pour éviter d'abimer le hada (fil). L'art de l'escrime japonaise étant un art de coupe plus que d'esctoc, il était nécessaire de conserver une lame tranchante.
petite video e kenjutsu selon l'école Katori (classée trésor national) :
http://www.youtube.com/v/leKwXXxG1_A&rel=0Cela me donne une bonne transition pour parler du battodo qui est différent du tameshigeri. Ce dernier n'est pas une pratique martial puisqu'il s'agit de tester l'efficacité de coupe d'une lame. On pratiquait cela sur des cadavres ou des prisonniers à l'époque médiévale. Le record était accompli avec ne lame de Masamune (le plus grand forgeron japonais) sur 7 corps empilés... Une coupe parfaite d'un seul trait !
Aujourd'hui on pratique le tameshigeri sur des paillerons (rouleaux de paille mouillé imitant la résistance d'un corps humain), sur du bambou ou sur d'autres objets. Le tameshigiri revêt plus un aspect spectaculaire que martial. Contrairement au battodo qui se pratique à 2 avec de vrais katanas : dans un premier temps, on se met en situation de combat avec son adversaire (mieux vaut utiliser un iaito à ce stade car moins dangereux). On effectue donc une série de katas dans lesquels nous nous défendons face à une attaque : dégainage, esquive et riposte. Une fois les déplacements et intentions bien assimilés, on passe au deuxième stade : la coupe. On remplace donc notre partenaire par un pailleron qui devient votre adversaire et on le coupe. Il y a plusieurs écoles et styles de battodo. Néanmoins toutes on la même attitude : respect du cérémonial et de toutes les étapes de l'art du sabre (dégainage, exécution, égouttage du sang et rengainage).
petit exemple de battodo (mais y a mieux mais je ne parviens pas à mettre la main dessus !) :
http://www.youtube.com/v/d27A03LbvPM&rel=0 ou
http://www.youtube.com/v/TJ5zq1iIntY&rel=0il faut savoir qu'un maître peut couper une tête en 1/100è de sec... ce qui fait du katana une arme aussi redoutable qu'une arme à feu (voire plus car en général on sait s'en servir)...
voilou. désolépour la longueur mais on peut difficilement faire plu court !
vos commentaires sont les bienvenues !
fudoshin