Par ma pratique passée du Hapkido, j'ai du par la même occasion pratiquer le Taekwondo. C'était une torture pour mes jambes de Karateka (habituées à ne pas frapper plus haut que le tanden), aussi ma vision de cet art martial dont j'ai toujours reconnu la valeur des techniques de jambes n'était pourtant pas terrible.
C'est à la suite d'une petit étude concernant les racines du Taekwondo que je me suis dit qu'il fallait écrire ici une nouvelle manière de l'aborder.
Un petit bout d'histoire de l'art martial...
Lorsque, en avril 1955, le général des armées sud-coréennes Choi Hong Li rassemble le savoir des différentes écoles martiales de son pays pour fonder le Taekwondo, il se base sur ces dernières:
- le Subak: méthode de lutte libre primitive (comportant projections, frappes et étranglements au sol) qui, actuellement, n'est plus enseigné que dans de très rares villages coréens. On le compare souvent au Yawara japonais dont est issu le Jujutsu car le Subak était une méthode guerrière violente et à part entière.
Avis personnel: le général Li a beau avoir inscrit dans ses compte-rendus qu'il s'en est inspiré, j'y vois davantage de souches pour le Hapkido que pour le Taekwondo, à moins de considérer que les frappes de poings de cet art martial viennent davantage de là que du Karate... ce qui m'étonnerait. 
- le Subyokta: avec le Taekkyon, il est l'une des deux écoles dans lesquelles on peut retrouver presque toutes les bases du Taekwondo. A la différence que le Subyokta (qui lui n'est plus enseigné du tout) se base davantage sur les frappes inférieures, visant davantage les genoux-cuisses-noisettes.
- le Subyok: toujours enseigné en Corée, ce style se démarque des autres car il est une méthode de boxe utilisant exclusivement les poings. Il est actuellement divisé en deux courants: l'un se voulant gardien des techniques à usage martial (on peut le comparer à la "boxe anglaise de la Corée") et l'autre voulant en faire un jeu populaire.
Avis personnel: ces deux optiques ne sont pourtant pas incompatibles. 
- le Kwon Bop: méthode lutte hybride car il s'agit d'un mélange entre certaines techniques de boxe chinoise et la célèbre lutte mongole. Réputée pour être une méthode de self défense très appréciable, elle est encore pratiquée de nos jours sous une forme plus proche de ses origines mongoles, cependant.
Avis personnel: encore une fois, le général Li l'a inscrit dans ses comptes-rendus mais j'y vois davantage de techniques utilisables en Hapkido qu'en Taekwondo, et je parle bien ici du Taekwondo coréen (pas celui qu'on nous sert à la sauce "gazelle sautillante"). - le Taekkyon: c'est le plus ancien art martial coréen, celui par lequel tout commence lorsque l'on étudie les origines des écoles de guerre coréennes. Il est tout autant une danse qu'un art martial aux techniques de poings et de pieds. Il date environ du 4ème siècle après JC.
Avis personnel: malgré le fait que son côté artistique, à l'instar de la Capoeira, gâche quelque peu sa valeur martiale, il est néanmoins une méthode efficace qui a servie de base à l'élaboration de toutes les techniques présentes sur le sol coréen. Aussi, je pense que ce serait une erreur de douter de ce style. Je tiens à préciser que je n'ai ici citer que les écoles pour lesquelles j'ai pu tirer des sources fiables.
En tant que développement physique, maintenant...
Si les anciennes techniques s'avèrent spectaculaires, l'une des hypothèses possibles était que cette notion percutante pouvait ainsi donner envie aux jeunes de s'enrôler dans les forces armées.
Mais force est d'admettre que si le caractère défensif du Taekwondo peut, à raison, être remis en cause... il faut admettre qu'il développe harmonieusement tous les muscles du corps. Ses techniques de poing, certes, ne sont pas particulièrement développées mais elles ont le mérite d'être correctes.
Il permet d'étendre les tendons et ligaments au maximum de leur capacité, ce qui confère une souplesse très importante et un potentiel d'angle de frappe très appréciable. Au delà de l'aspect martial, il permet de courir à plus grandes enjambées, de faire de plus larges esquives (utile si une voiture vous rentre dans le chou), de sauter plus haut, etc...
Tiens, je suis suivi...
Les coréens le disent eux mêmes, même leur Taekwondo (largement plus complet que celui pratiqué ici, sauf par les professeurs natifs du pays ou formés au pays) pratiqué seul ne constitue pas un atout parfait.
S'il permet, par des techniques de jambes dévastatrices et d'une souplesse à en faire pâlir les adeptes du Kama-Sutra, de tenir ses adversaires à distance et, comme nous l'avons dit plus haut, de courir plus efficacement dans le cas où la fuite est une option de survie, il faut admettre qu'elles ne peuvent constituer un assaut fiable si les adversaires "savent s'y prendre".
En effet, une fois esquivé, bloqué ou dévié, un coup de pied placé trop haut est un GPS pour l'agresseur qui veut mettre un BTT (Bon Tatanage de Tronche) à sa malheureuse victime. Non seulement, il expose les points vitaux mais en plus, il provoque un déséquilibre important qui peut épargner à ce même agresseur la peine de balayer ou de projeter.
Cependant, mixé à d'autres arts martiaux (comme le Hapkido), le panel de possibilités est plus important. En effet, la souplesse développée par le Taekwondo permet de se sortir plus facilement d'une clé placée par l'adversaire, de projeter avec plus de souplesse, de frapper avec plus d'élan et donc plus de force, d'esquiver les coups et de les faire suivre d'un coup, d'une luxation, d'une projection ou d'un étranglement.
Il permet également un registre plus acrobatique (qui peut affirmer que l'on aura jamais à utiliser ce type de technique?) qui peut avoir une valeur dissuasive d'impression sur les agresseurs (celui qui voit sa victime derrière lui alors que son poing était droit tendu vers son visage aura, je crois, n'aura peut-être pas envie de recommencer et si c'est le cas, la deuxième fois lui fera peut être comprendre).
Une petite conclusion...
Plutôt que de considérer le Taekwondo comme un pathétique sport de compétition olympique (car, sous cette forme, il est pathétique) ou un art martial peu efficace, il serait bon je crois de le visualiser comme une gestuelle martiale excellente pour le corps et ses fonctions externes, un apport certain pour une pratique martiale parfois trop raide...
En fait, il serait bon de le considérer comme une gymnastique martiale, à l'instar de la Capoeira, apportant une souplesse et un travail physique profitable à tous les arts martiaux. :)