D'un côté je suis d'accord avec toi, d'un autre côté je ne suis pas du tout d'accord.
Je suis tout à fait d'accord quand tu parles de dompter le corps et l'esprit. J'irai plus dans le sens d'une maîtrise et non d'un dressage, par contre.
En revanche, "gommer le côté primal pour remplacer par des acquis optimisés", je vois la chose de manière totalement inverse. Qu'est ce que sont les arts martiaux, si ce n'est réapprendre à faire fonctionner son corps ? Ce n'est en aucun cas gommer le côté primal, mais justement gommer toutes les mauvaises habitudes que l'on a pu prendre du fait de notre vie sociale, et retrouver ce côté primal. Puisqu'on parlait d'instinct, il suffit de regarder un chat quand il se bat: que fait-il exactement ? Il recherche directement le sol (sa position est basse, il est "enraciné" dans le sol avec ses griffes), et va tourner autour de son adversaire. Un chat recherche toujours le sol quand il y a danger: c'est là un instinct et c'est notre recherche systématique dans les arts martiaux. Alors que l'on a été éduqué pour travailler avec le haut du corps et avoir des contractions incessantes à ce niveau. L'art martial réapprend à se servir de son corps et va apprendre à penser à ses jambes, par exemple. Ce n'est qu'un exemple, on pourrait les multiplier.
Concernant l'agression, je ne crois vraiment pas qu'il est opportun de comparer un passage de grade avec une agression. L'état physique et mental n'est jamais le même, au passage tu es préparé, etc...
Pour mon anecdote, je ne pense pas vraiment qu'il s'agit de chance. Il est vrai, 5 personnes m'ont agressé, alors que je rentrais chez moi, pour me "racketter". Et en réalité, je n'en ai frappé que deux. Vois-tu où je veux en venir ? Ils avaient beau être 5, voir quelqu'un d'apparence calme qui fait preuve d'une grande férocité en combat, ça fait peur. Et quand on voit un copain chanceler à la limite de l'évanouissement, on perd l'effet de nombre et on pense qu'on va subir le même sort.
Takuan dans "La pierre et le sabre" d'Eiji Yoshikawa parle justement de cette idée de bestialité dans le combat: "un homme n'aura aucune chance face à un tigre sauvage". Qu'en est-il quand un adversaire voit dans un homme un tigre sauvage ? C'est de cette idée qu'il faudrait s'approcher. Pour qu'un homme puisse vaincre un tigre sauvage il lui faudrait ne pas l'affronter, et ruser. Or on parle d'une sphère d'affrontement, où le combat est déjà engagé. L'esprit guerrier qui va te permettre d'être considéré aussi bestial qu'un animal, cela fait prendre le dessus.
Il est donc clair que nous avons des points de vue différents, sur la question. Mais je parle d'une férocité dans les coups, et dans la violence de la réponse, pas d'une férocité de l'esprit, je tiens encore une fois à le préciser
