b-seb
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A.M. pratiqué(s): Aïkido - Tai chi chuan
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« Répondre #9 le: 15 Juin 2010 à 21:22:30 » |
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Pratiquant l'aïkido je voudrais revenir sur quelques points (qui n'engagent que moi).
J'ai toujours le sentiment lorsqu'on parle d'aïkido que l'on parle de quelque chose de spécial en matière d'arts martiaux, de mystérieux ou de mystique. Or l'aïkido est un art martial, point. Il n'est ni mieux, ni moins bien, ni plus, ni moins efficace, il est l'aïkido, comme le karaté est le karaté ou le jujitsu est le jujitsu. Ce sont des voies différentes, des philosophies différentes, et il me semble que chercher à donner une valeur à un art martial à partir de son catalogue de techniques en dissociant l'accomplissement humain que sa pratique apporte c'est oublier l'essence même des arts martiaux.
Sans vouloir faire un cours, pour comprendre ce qu'est l'aïkido (sans le pratiquer...) il ne faut pas perdre de vue qu'O Sensei le qualifiait d'"art de la paix" et disait : un art fait ni pour combattre, ni pour vaincre, mais pour supprimer la notion d'ennemi
Et c'est pour cela que c'est un art non agressif, non violent, non compétitif. On ne vise jamais la neutralisation d'un individu agressif, mais la neutralisation de l'agressivité. En conséquence, le but n'est jamais de "démolir" quelqu'un, mais de démontrer que ses tentatives hostiles sont vouées à l'échec et donc totalement inutiles. De fait le combat n'existe pas. Tout au mieux on peut voir des démonstrations de la pratique de l'aïkido, mais il ne s'agit que de la composante visuelle, loin du ressenti. C'est un peu comme regarder quelqu'un écrire sans avoir expérimenté soi même le processus d'écriture et dire qu'il ne s'agit que d'un mouvement du poignet avec un stylo entre les doigts...
Pour parler technique, techniques, self-défense : "Aïkido musclé" ça n'existe pas. La force est absolument contre productive. Lorsque le morceau de viande est tendre et que le couteau est bon, il n'y a presque rien à faire pour le découper. Si le morceau de viande est une semelle et le couteau émoussé va falloir trimer. Je pense que le terme de "tonicité" convient mieux, mais encore une fois, cela dépend ni d'uke en tant qu'individu, ni de tori, mais de l'intensité de l'intention hostile d'uke. Son attaque est mauvaise, faible, je n'ai aucune raison de déployer une énergie folle pour la détourner de moi. Son attaque est vive, précise, je dois être plus vif. Et... ça s'arrête là. Qu'uke soit un homme, une femme, grand, petit, costaud, maigre, jeune, vieux, que tori soit un homme, une femme, grand, petit, costaud, jeune, vieux, il n'y a qu'une seule chose qui compte : faire corps, ressentir l'énergie de l'autre pour l'amener là où on l'entend et finalement la neutraliser.
Utiliser l'aïkido à des fins d'autodéfense requiert un excellent niveau. La ceinture noire n'est pas un gage de maîtrise, mais signifie que l'on a acquis les bases et que l'on est étudiant. A titre personnel je ne le conseillerai pas à des personnes qui cherchent des méthodes de défense applicables rapidement et au quotidien. Pour être utile, efficace, il faut le pratiquer longtemps, souvent, avec le plus de personnes possibles. Faire corps nécessite d'apprendre à ressentir l'autre. Et l'autre c'est une infinité d'individus différents.
Si je dis ça c'est pour expliquer le sentiment de mollesse que peut laisser transparaître la vision d'un entraînement. Apprendre à ressentir. Est ce que c'est dans la vitesse qu'on apprend le mieux à ressentir l'autre ? Et c'est fondamental, c'est l'esprit même de l'art. Les techniques ne viennent qu'après. Uke m'attaque : vais-je feinter et lui faire croire que je vais l'attaquer pour l'obliger à modifier son attaque et profiter du temps de la transition pour le saisir et le projeter ? vais-je absorber son attaque et modifier sa trajectoire à l'instant où il ne peut plus se rattraper ? vais-je lui laisser croire jusqu'au dernier moment qu'il va m'atteindre, et prolonger son attaque pour l'amener à chuter ? Je ne sais pas si je suis clair (j'espère ^^) mais toute cette partie ne peut relever que de la sensation : suis je dans le bon timing ? trop tôt et il n'est pas assez en rupture avec l'équilibre, trop tard il est déjà revenu stable... Je dois ressentir ce qu'il ressent.
Ensuite seulement viennent les techniques : j'ai saisi le moment idéal dans son attaque, et je suis à la parfaite distance dans la bonne position, il ne reste alors plus qu'à appliquer une des nombreuses techniques à ma disposition. Evidemment les techniques nécessitent de la vitesse. Au ralenti il n'y a aucune chance de réussir. Vitesse et maîtrise. Jamais de force, car l'énergie nécessaire provient du partenaire.
Le répertoire des techniques est constitué de techniques d'arts martiaux plus anciens. Quelle différence y a t'il entre Kote gaeshi à l'aïkido et Kote gaeshi au jujitsu ? Quel est l'intérêt de faire un art martial "nouveau" avec des techniques "anciennes" ?
L'aïkido n'est pas un "concept" improbable avec une surcouche de philosophie mi spirituelle, mi mystique. C'est un budo, il enseigne la sagesse, le respect, la rigueur, l'efficacité, la confiance en soi, la volonté, la détermination, ne pas craindre d'être attaqué, blessé ou tué, la connaissance du combat et le vide. Ce qu'il apporte aux arts martiaux est l'idée de neutraliser une intention hostile en utilisant sa propre énergie, de refuser de se laisser aller au combat, de rejeter le prétexte de la défense pour s'autoriser à infliger de la violence. C'est un art subtil, très fin, très exigeant, d'une très grande technicité, et qui ne pardonne aucune erreur, sous ses apparences de "fake" ou de "danseuses qui se roulent par terre".
Je réussis, j'échoue. Je vis, je meurs... c'est l'ordre des choses. Chercher à être meilleur que les autres ou imbattable est un égarement. Chercher à être meilleur que soi et préserver la paix et le calme est la voie.
Tant dans l'approche technique que dans l'approche philosophique, l'aïkido pourra être considéré comme une utopie, l'inaccessible sommet d'une montagne. Une voie à suivre le temps d'une vie pour qui cette utopie est un idéal.
Et si au cours du cheminement se dresse un groupe d'individus armés, on continue de suivre la voie. On réussit, on survit. On échoue, on est blessé ou tué. C'est ainsi et on n'y pourra rien. L'efficacité d'un art martial ne fait pas l'efficacité du pratiquant. L'art martial absolu, efficace en tout lieu et en tout temps, quand bien même existerait-il, les pratiquants resteraient de simples mortels.
Voilà ce que je tenais à dire. Excusez moi pour la longueur de ces propos qui n'engagent que moi et qui sont mon interprétation de cet art. :)
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