Lorsque l'on vient du Shotokan et que l'on passe à un autre style plus proche de ses racines chinoises, on se rend compte des évidentes différences d'entraînement. Ceci dit, le constant épuisement (provoqué différemment) à la fin de chacun d'entre eux m'amène à penser que les méthodes trop douces utilisées par les professeurs de notre ère moderne ne sont absolument pas une bonne option pour qui désire s'enrichir dans la pratique d'un art martial.
Aujourd'hui (enfin, hier, vu l'heure du post

), nous avons avec mon sensei de Uechi Ryu fait un petit entraînement en forêt. Le but: endurcissement. Pour une école qui se veut fluide, l'un des piliers en est l'endurcissement du corps (qui ne doit pas être confondu avec le raidissement, s'entend). Paradoxe intéressant mais somme toute très logique: fluidité sans moyen de contrer la force adverse revient à jouer au hochet contre une hache à deux mains. Le programme a été chargé et j'en fais ici un petit compte rendu (malgré les cris que ça va peut-être provoquer).
1) Footing pieds nus, étirements, abdominaux, squats, exercices techniques (hojo hundo), Kakie (avec techniques spécifiques de boxe chinoise) travaillé en seiza (une nouveauté très intéressante).
2) Nous frappons sur les arbres. Les protections sont refusées pour cette raison évoquée par mon professeur:
"En Europe, vous êtes trop choyés."
Quand je pose la question de savoir si cela abîme trop le corps, la réponse tombe sans appel.
"Un corps qui s'abîme parce qu'il a mal est un corps faible. Un corps faible ne survit pas."
Piques des doigts et des orteils, tranchant de la main et des pieds, bol du pied, talon, coup de pied de face (mon mae geri adoré ^^) et avant-bras y passent. Le résultat, lui aussi, est sans appel: les écorchures, le sang et la douleur sont bien là. But de l'exercice: transformer le sentiment de douleur en envie de progresser.
3) Pompes dans la petite rivière (la profondeur nous laisse juste de quoi sortir l'arrière de la tête et le nez lors de la remontée du corps). On nous met de lourdes geta ferrées aux pieds et l'on s'accroche dans le fond pour ne pas remonter à la surface. Tout le monde pompe jusqu'à ce qu'il n'en puisse plus. Le hic? Le sensei détermine lui-même le rythme et le courant n'est pas si faible qu'il en a l'air. But de l'exercice? Résistance des membres, développement pectoral et surtout, développement de la respiration nasale et de la capacité pulmonaire.
4) Kata. Toujours en geta ferrées et en boxer. On exécutons les deux katas dont nous avons commencés l'étude (Sanchin et Kanshu, plusieurs fois chacun) avec de grands coups de shinaï dans le cocon et nous arrose à coups de seaux d'eau. Au final, nous aurons tous des douleurs sur les cuisses, les bras et la joue droite dans mon cas (j'ai dit "m***e" après un coup sur le bras) Qu'on ne s'insurge pas, ça part vite. But de l'exercice? Faire saisir les différences entre contraction et solidité, concentration et tension, conserver la fluidité malgré les entraves.
5) Kumite. Comme nous ne sommes que deux élèves aujourd'hui (le troisième étant malade)et que nous avons tous les deux pratiquer le Judo, on nous demande de combattre dans l'eau avec des règles claires: juste de la lutte par projections, balayages, clés articulaires et étranglements, le but est de maintenir la tête de l'adversaire sous l'eau pendant dix secondes. Le tout en sept manches. Le hic? Nous avons à nouveau droit au shinaï pendant la lutte, chacun y passe. Le but: rester concentrés sans penser aux dérangements extérieurs et gérer le stress en situation de combat difficile.
6) C'est bon quand ça s'arrête! Bandage et soins (nombreux) par le sensei, rhabillage, pique-nique, sake, félicitations discrètes et anecdotes okinawaïennes.
Cet apprentissage de la maîtrise de la douleur (je suis persuade que cela fera toujours aussi mal dans cinq ans... c'est juste le corps qui assimile ce sentiment différemment). On va croire que PassionArt fume la moquette de chez Tonton Tapis mais je puis vous assurer qu'au bout d'un certain temps (et par la production, venant du cerveau, de dopamine), on en vient à "aimer" cette douleur intense et à éprouver un sentiment de "j'en veux encore" qui, tout aussi malsain puisse t-il sembler, est très enrichissant. On en éprouve une certaine fierté et un sentiment d'avoir fait une marche de plus dés lors que l'on écoute son professeur.
On nous a mis en garde contre les excès d'un tel entraînement (qui peut causer de nombreux troubles) mais sensei nous conseille d'envisager de tels entraînements (qui vous laissent plus qu'épuisés, vous êtes totalement HS) une fois toutes les deux semaines et ce après un solide échauffement.
Qu'en pensez vous?