Je comptais en faire un dossier mais, finalement, je préfère le faire en sujet qui je l'espère deviendra populaire.

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Lorsque l'on parle de Karate au Japon, il est un nom qui revient quasi automatiquement, celui du Shotokan. Style de Karate le plus pratiqué dans le monde, sa forme que nous connaissons aujourd'hui n'est absolument pas celle qui prévalait aux origines mêmes de sa création. Lorsque Gichin Funakoshi quitta l'archipel okinawaïen pour y diffuser son art à tout le grand Japon, il ne savait pas qu'il serait le précurseur d'une lignée de grands maîtres qui feront de même, imitant l'exemple de cet homme instruit et raffiné, considéré malgré tout comme un traître de la discipline. Rares sont en effet les dojos d' Okinawa où vous y verrez accroché le portrait de celui que l'on nomme « père du Karate moderne » tant est encore gravé dans les esprits l'idée selon laquelle ce dernier aurait dénaturé l'art qu'il avait appris de ses professeurs, Azato et Itosu. Il fut néanmoins le premier à donner au Karate une image populaire, censée élever l'homme par un art de paix au lieu de cultiver un art de guerre dans une société condamnée à devoir renier ses origines barbares pour mieux s'ouvrir au monde. On lui doit la formation de nombreux experts de la Main Vide et un exemple moral hors du commun, ainsi qu'un code de conduite nécessaire à tout pratiquant d'arts martiaux quel que soit son école. Cet homme que tant critiquent aujourd'hui fut l'un des plus grands maîtres de son temps. Jalousie ou haine de la part des okinawaïens, nul ne le sait encore vraiment aujourd'hui.
Mais en transformant l'art du Shurite à des fins de développement personnel, Itosu transmit à son élève l'étique d'un Karate devenu art de vivre... Est-ce vraiment l'image du Shotokan (et du Karate en général) que l'on a aujourd'hui? Absolument pas!
Le Shotokan des originesAu moment de son départ pour le Japon, Funakoshi avait clairement défini son enseignement que l'on pouvait classifier de manière suivante:
- Travail poussé du kihon et du makiwara
- Étude analytique des katas, par progression lente, comme pilier de la transmission du Karate
- Étude analytique des bunkais, par progression lente, uniquement lorsque le kata concerné était totalement maîtrisé
- Étude complémentaire du Kobudo (peu le savent, mais Funakoshi connaissait le Kobudo d'Okinawa et l'appliquait à son enseignement pour les élèves les avancés)
- Étude spirituelle de la philosophie confucianiste et taoïste (à ma connaissance, seul Egami suivit vraiment cette partie de l'enseignement)
Abordé de cette façon, le Shotokan des premières heures nous apparaît comme un Karate somme toute très théorique. En dehors des bunkai considérés comme situation de self défense, aucune place n'est faîte au combat et aux techniques proprement dites. Il n'y a même aucune trace de musculation traditionnelle si chère aux okinawaïens. Funakoshi n'enseignait jamais de manière à mettre l'élève en situation, mais seulement sur base de transmission technique. Au contraire de notre pédagogie moderne (plus adaptée) qui consiste à clairement mettre l'élève en situation. L'image d'un Karate bien plus appauvrit nous saute directement aux yeux.... et pourtant.
C'est dans sa manière même d'aborder les fondamentaux que Funakoshi posait toutes les bases de la self défense. Premièrement, dans les positions. En effet, qu'as t-on comme image du Shoto? Des positions exagérément basses, mortelles pour les hanches et toutes les articulations concernées, qui ne développent aucune puissance.... Cela n'est que l'œuvre du fils, et non celle du père.
En effet, sous Gichin lui même:
- les positions étaient bien plus hautes,
- le Hikite moins raidit à la hanche,
- la contraction du poing uniquement à l'impact,
- le travail de contraction/décontraction soigneusement respecté,
- le souci du détail technique au sommet de tout apprentissage,
- le respect des règles morales essentielles,
- la compétition radicalement inexistante.
- les katas enseignés sont: Heian (autrefois Pinan) Shodan, Heian Nidan, Heian Sandan, Heian Yondan, Heian Godan, Tekki (autrefois Naihanchi) Shodan, Tekki Nidan, Tekki Sandan, Bassai, Kanku Dai et Sho, Gankaku, Jion, Jitte, Hangetsu, Empi.
Le fils « prodige »Mais dés 1938, Yoshitaka, fils cadet de Gichin Funakoshi, devient instructeur du Shotokan. D'un point de vue purement personnel, les apports de Yoshitaka à la technique du Shotokan sont bien peu de choses comparés aux méfaits qu'il lui a causé. Né en 1907, ce dernier avait reçu de son père un savoir et un bagage technique exceptionnels autant que par d'autres maîtres (il pratiqua le Kenjutsu de l'école Jingen Ryu et fut l'élève de Kenwa Mabuni, fondateur du Shito Ryu). Tuberculeux et se sachant destiné à ne pas vivre vieux, le cadet du vieux maître n'eut qu'un seul but: égaler son père et développer le Karate avec le court temps qui lui était imparti. Bonne intention au départ devint désastre au final.
En effet, le fils va apporter sa propre pédagogie: celle d'un Karate devenu arme de guerre et destiné à tuer. Une anecdote nous est parvenue selon laquelle il aurait été surpris par son père alors qu'il démontrait discrètement à un élève comment tuer en frappant d'un shuto (tranchant de la main) à la gorge... certains prétendent que ce fut le début de la dégradation des liens entre père et fils.
Sous Yoshitaka:
- les positions deviendront exagérément basses (parfois même en dessous du parallélisme cuisses-sol!),
- le Hikite deviendra d'une raideur inefficace
- la contraction totale dés le départ du coup,
- le kata va devenir, au mieux, un échauffement,
- les bunkais seront transformés et deviendront des bunkais kumite, destinés à donner aux pratiquants l'impression rapide de « savoir se battre »
- le makiwara sera progressivement abandonné,
- le kihon se fera en ligne, de manière très puissante et sans pitié pour le corps
- la discipline au dojo deviendra semblable à celle d'une caserne militaire,
- la compétition sera largement encouragée,
- le kumite deviendra la priorité,
- l'art martial deviendra sport de combat.
Pendant sept ans, Yoshitaka créera sans même le vouloir une scission entre les élèves du dojo Shotokan. A tel point que Gichin, pourtant toujours instructeur en chef, sera de moins en moins écouté. Au mieux, on le considère comme le « gentil vieil homme que l'on entend sans écouter ». Les anecdotes mettant en scène le naturel doux et bienveillant du vieux maître nous apparaissent à cette période. Il aimait trop son fils que pour le brimer et cela causa malheureusement la perte du Shotokan tel que l'aurait voulu son fondateur. Mais en 1945, Yoshitaka décède au feu de la guerre et le dojo est détruit lors d'un bombardement. De nombreux élèves subissent le même sort que Yoshitaka et le général Mac Arthur en personne interdit la pratique de l'entièreté des arts martiaux japonais (hormis l'Aïkido et le Kendo).
En 1947, la femme du vieux maître décède à son tour et en 1949, la Japan Karate Association voit le jour. Autant d'épreuves qui, pour Funakoshi, ruinent l'oeuvre de sa vie. Les anciens élèves comme Obata, Nakayama, Kase, Nishiyama et Egami se querellent constamment entre eux, créant des alliances qui deviendront les futures fédérations (qui, à leur tour, créeront les katas supplémentaires de la liste que l'on retrouve aujourd'hui).
La destruction de l'héritageSi leur contribution à la popularisation du Karate est tout à leur honneur, les moyens pour y parvenir le sont bien moins. En effet, il ne restait rien du message originel de Funakoshi, à l'exception du Shotokai créé quelques années plus tard sous l'impulsion de Shigeru Egami. Ce dernier courant peut être sans mensonge défini comme « l'esprit du père, la technique du fils ».
De plus en plus, Funakoshi se retire de l'enseignement, au point de ne plus donner cours que dans quelques dojos universitaires. En 1957, ce dernier décède en ayant laissé un héritage énorme que trop peu d'étudiants suivirent en réalité.
La puissance du Shotokan authentiqueUne petite analyse du Shotokan des origines nous donne un style très proche du Shurite, les modifications apportées par son fondateur étant mineures si l'on excepte les techniques les plus dangereuses enlevées par souci de sécurité (tout comme Jigoro Kano le fit en transformant le Jujutsu en Judo). Les techniques sont directes, puissantes, sans fioritures ni acrobaties aucune. Les positions sans tantôt basses (mais sans exagération), tantôt hautes. Le travail de la puissance, du timing et de la coordination des mouvements est primordial. Les blocages détruisent l'attaque et déséquilibrent l'adversaire (personne n'osait s'entraîner directement avec le vieux maître tant ses blocages étaient puissants). D'un point de vue purement personnel, le Shotokan n'est ni plus ni moins efficace qu'un autre style de Karate. Linéaire, logique et pragmatique, c'est un style qui atteste le caractère décidé de celui qui le pratique et ceux qui l'ont étudiés avec passion peuvent lui faire confiance en cas d'agression.
En de rares mais significatives occasions, Funakoshi démontra à ses élèves sa redoutable maîtrise de l'art de la Main Vide:
- Âgé de 85 ans, il a esquivé avec la rapidité des premiers jours un coup donné avec colère par Nakayama lui-même au cours d'un entraînement. De l'avis même de l'intéressé, au moment où son poing était tendu, le vieux maître se trouvait déjà derrière lui!
- Il a esquivé calmement une voiture (de l'époque mais bon, quand même) d'un simple tour de hanches quand ses autres élèves ont bondit sur le côté.
- A une époque où les grands maîtres étaient constamment défiés, personne ne s'est risqué à confronter ce petit homme (hormis un seul, voir ci dessous).
- Il a tenu tête à l'un des plus grands combattants de son temps, Choki Motobu.
Concernant cette dernière anecdote, mise à mon attention par mon ami Montaigne, une petite recherche m'a permis de retirer deux versions de cette anecdote qui semblent les plus logiques. En effet, Motobu et Funakoshi, assis à deux tables séparées d'un salon de thé, se seraient emportés. Choki Motobu se rua sur Funakoshi et, première version retenue, l'aurait plaqué au mur.
Mais j'ai choisis de croire en la seconde hypothèse: Funakoshi aurait esquivé le coup, laissant le poing de Motobu perforer le panneau mural. Pourquoi retenir une histoire de violence? Car elle est significative et montre que le Karate est un art de défense... et, en fait, le plus beau de tous les arts martiaux.
Voilà de quoi lancer le schmilblick! Â vos plumes!
